EXTRACT © Une Réforme de l'Église catholique au XXIe siècle.

LE JUGEMENT

Toute vie humaine est personnelle.

Il est impossible de ne pas être responsable de ses pensées et de ses actes, alors lorsqu’il devient essentiel de porter des jugements sur quelque organisme ou personne que ce soit, chacun d’entre nous est confronté à une terrible responsabilité:

«Ne jugez point, afin de n'être point jugés ; car on vous jugera comme vous avez jugé, et l'on se servira pour vous de la mesure dont vous mesurez les autres.» A dit Jésus et ainsi l’a retranscrit son disciple et écrivain Matthieu. (ch7.1-12)

            Mes opinions et mes jugements sont ma responsabilité, et ils provoqueront des réactions favorables et des réactions défavorables, certaines seront peut-être même tout à fait hostiles. Je vous demande, à vous qui lisez ces mots, de prendre le temps de réfléchir avant de décider quelle position vous souhaitez adopter et ce que vous allez dire et faire.

            La vérité est la seule ligne de conduite.

             Je suis très sincèrement désolé si mes opinions vous blessent. Il n’est pas dans mon intention de faire du mal, mais je conçois que cela puisse arriver, et j’espère que la blessure ne sera que passagère.

Donc, comme tous les points de vue sont personnels, je commencerai de la façon la plus personnelle qui soit.

            Lors des obsèques du pape Jean-Paul II, l’homélie fut récitée, devant le cercueil sur la place Saint-Pierre, par le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi depuis plus de vingt ans.

            Son homélie fut absolument parfaite, un hommage impressionnant à un homme fort et saint qui avait voué sa vie à être témoin de Jésus. Beaucoup dans la foule clamèrent : « Qu’il soit déclaré saint immédiatement », et j’étais parfaitement d’accord avec les banderoles qui affichaient: "Santo Subito!", “Qu’il soit fait saint tout de suite!”!”

            Jean-Paul était un homme remarquable, même si certains n’appréciaient pas son sens de la mise en scène.  

            Cela ne me dérangeait pas, d’ailleurs je me souviens très bien, lors de sa visite à Dundalk en république d’Irlande, du discours passionné qu’il tint et dans lequel il implora ces hommes impitoyables de l’armée républicaine irlandaise provisoire (les Provos) d’arrêter les tueries: « Un meurtre qu’on désigne par un autre nom est toujours un meurtre! »

            Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à comprendre à quel point ses croyances religieuses étaient conservatrices. Croyances partagées par son ami Joseph Ratzinger, également connu sous le nom de « Rottweiler de Dieu! » – qui faisait tout le ‘sale’ boulot de Jean-Paul pour lui.

            J’aimais beaucoup Jean-Paul. Un homme très courageux, un saint sans aucun doute, tout simplement parce qu’il aimait Dieu et son prochain sans réserve aucune, et qu’il donna tant de lui-même pendant si longtemps. 

            J’ai le regret de dire que Joseph Ratzinger ne m’a pas autant impressionné, malgré la clarté de sa pensée et son discours impressionnant aux obsèques de son ami.

            Une seule pensée me vint à l’esprit à l’époque : « Cet homme doit être un favori pour être élu pape, » et ce fut le cas.

            Lorsque le nouvellement élu Benoit XVI apparut au balcon qui surplombe la place Saint-Pierre, je fus cependant choqué de le voir attraper ses mains au-dessus de sa tête et les secouer comme le ferait un champion de boxe pour célébrer sa victoire.

            Je ne m’attendais pas à ça. Les précédents papes avaient modestement ouvert les bras et salué la foule, s’offrant au peuple avant de donner la bénédiction Urbi et Orbi.  

            Est-ce que j’accorde trop d’importance au sentiment que j’ai eu à ce moment-là? Je ne crois pas. Le langage du corps est puissant, involontaire et presque impossible à dissimuler.

            Le futur Benoit s’est souvenu plus tard avoir ressenti de la nervosité et même de la réticence lorsqu’il est apparu évident qu’il serait élu pape. Je veux bien le croire, et je veux bien croire aussi que le nouveau pape célébrait une victoire qui n’était pas tant la sienne que celle de l’Église. Il était convaincu de savoir ce dont Elle avait besoin pour être libérée de Ses maux qu’il percevait : un meilleur contrôle de l’enseignement et des pratiques tous deux trop relâchés.  

            À mon avis, ‘Le Rottweiler de Dieu’ n’avait pas disparu. En tant que pape il avait le contrôle total et s’attendait à ce que tous les catholiques bien-pensants se joignent à lui dans sa célébration. 

            J’avais de sérieuses réserves en ce qui concernait l’avenir et elles n’ont fait que grandir durant ces cinq dernières années. ………